FÊTE


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La fête, ses acteurs et ses artifices, ses parures et ses techniques, ses réglementations et les espaces dans lesquels elle peut se dérouler, son temps spécifique se différenciant du temps de la quotidienneté, est devenue, depuis la fin des années soixante, un objet privilégié d’études pour les historiens et les sociologues.

Il est certain que la longue tradition d’observations ethnographiques des rites et cérémonies des sociétés occidentales, ainsi que ceux des sociétés «autres», a incité ces derniers à un retournement et à un décentrement méthodologiques et un recentrement géographique. Les fêtes romaines données au peuple par le cardinal Antonio Barberini et le renversement du monde dans le carnaval des Gueux en Espagne sont aujourd’hui aussi minutieusement étudiés que les rituels saisonniers dans la province de Mikawa au Japon et que les cérémonies amérindiennes ou mélanésiennes. Les méthodes historiques ne sont pas les mêmes que celles produites par l’analyse anthropologique: l’archive remplace l’observation directe, mais les concepts utilisés en ethnologie sont contrôlables lorsque l’on étudie des sujets aussi divers que l’évergétisme romain, l’apparat, les parures et la scénographie des rituels canonisés de la continuité sociale et des réglementations de la diversité.

Fondées sur l’analyse quantitative ou les techniques d’interprétations qualitatives, ces méthodes sont les instruments de recherches qui toutes donnent à voir dans la fête, à tous égards paradoxale, une activité sociale qui, à la fois et dans le même temps, est le produit de continuités, de renversements et de ruptures, ou bien d’instaurations d’un ordre social.

1. La fête ou les fêtes

La fête idéale

La recherche d’un type idéal de la fête est caractéristique de ceux qui ont emprunté la voie phénoménologique, tels G. Van der Leeuw, G. Dumézil, M. Eliade, R. Caillois... On peut trouver chez des auteurs de la génération précédente les éléments de base de la théorie dont Caillois semble avoir donné la formule définitive.

Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), fait du rassemblement massif, générateur d’exaltation, le trait caractéristique de la fête. Le corrobori australien semble en donner l’exemple le plus frappant: assises d’une tribu tout entière, avec danses, chants et cris, tumulte, ivresse, unions incestueuses, rixes et combats. La fonction récréative et libératoire de telles manifestations est notée par l’auteur, mais c’est Freud, qui, dans Totem et tabou (1913), donne la formule reprise par Caillois: «Une fête est un excès permis, voire ordonné, une violation solennelle d’une prohibition.» La fête ressortirait ainsi au « sacré de transgression». Elle manifesterait la sacralité des normes de la vie sociale courante par leur violation rituelle. Elle serait nécessairement désordre , renversement des interdits et des barrières sociales, fusion dans une immense fraternité, par opposition à la vie sociale commune qui classe et qui sépare.

À cette composante vient s’en ajouter une autre en raison de l’articulation du mythe et du rite. Or, comme l’avaient montré H. Hubert et M. Mauss, il y a un temps mythique, en quelque sorte intemporel, qui vient s’incarner dans la fête. Le temps de celle-ci est d’une certaine manière extra-temporel, caractère que vient confirmer la périodicité des fêtes. Contrairement au temps du devenir qui est celui du changement, la fête, en se répétant, simulerait l’éternité. De plus, le temps du mythe est originel ou eschatologique, souvent les deux à la fois et il n’est pas difficile de supposer un temps mythique unique fondamental, donc logiquement antérieur au temps où l’on vit, ce que désigne le terme de Urzeit .

Ce temps primordial, la fête ne se contenterait pas de le rappeler, mais le ferait aussi revivre. Le chaos de la fête serait donc fondamentalement le chaos des origines. On a dès lors une explication du caractère régénérateur de la fête. Elle n’est pas seulement récréative. Elle ne se contente pas de libérer momentanément l’homme du refoulement de ses pulsions. Elle lui fait revivre la jeunesse du monde, au-delà même de celle de la société. De toute manière, l’ordre ressort régénéré, non seulement parce qu’on en était fatigué, mais parce qu’il était lui-même fatigué et avait besoin de retourner à ses origines pour renaître rajeuni.

La théorie est d’autant plus séduisante qu’elle comble une aspiration. On se trouve d’accord pour reconnaître que de telle fêtes n’existent plus que très atténuées. L’artificialisme de la vie moderne fait désirer ces sortes de résurrections de l’état de nature, ou même de pré-nature. La fête idéale des temps primitifs joue dès lors dans les imaginations le rôle d’un mythe d’origine des fêtes. Toutefois, la subjectivité d’une telle perspective n’est pas suffisante pour l’infirmer. Disons que, même si cette conception n’est que fabuleuse ou poétique, elle dévoile et illustre en même temps ce qu’est, pour beaucoup, l’image utopique d’une fête vers laquelle on tend, mais que l’on n’atteint jamais.

Synthèse ou amalgame?

Le caractère composite de cette conception de la fête est évident. Mais, dans l’hypothèse d’un type idéal, il est normal d’emprunter aux divers phénomènes pour faire la synthèse de l’idée. La critique portera sur la solidité des matériaux, sur la cohésion de l’ensemble, enfin sur l’applicabilité aux fêtes indubitablement reconnues comme telles.

Ce serait un travail fastidieux que d’examiner la pertinence des exemples pris un à un. Cependant, plusieurs pièces maîtresses, versées au dossier, sont douteuses. Ainsi, l’étude de Mauss sur les «variations saisonnières» chez les Esquimaux s’appuie sur la conception de l’hiver comme une «longue fête» pendant laquelle les tribus rassemblées vivent dans une «exaltation religieuse continue». Mais, en se référant au contexte, on ne peut voir là une sorte de corrobori saisonnier. Simplement, les cérémonies succèdent aux cérémonies. Loin de se relâcher, les tabous sont plus exigeants que durant la dispersion de l’été. On s’assemble, mais c’est le plus souvent pour «des séances imposantes de chamanisme public». Si l’on parle des échanges de dons, dont le potlatch est un exemple privilégié, le tumulte de la fête n’est pas cette grande fusion fraternelle que l’on aimerait y voir, mais une sorte de combat, de lutte de munificence engagée entre les chefs et par laquelle ils affirment leur supériorité tant à l’égard de leurs sujets qu’à l’égard de leurs concurrents moins riches. Enfin le «Grand Temps» se définit seulement par des caractères négatifs, en ce qu’il échappe au nôtre et le transcende de quelque manière. Il existe, en fait, une multiplicité de temps, parmi lesquels c’est de façon arbitraire qu’on choisira le cas unique du «temps mythique», finalement réduit à un «pré-temps» (cf. infra ).

La non-pertinence de quelques exemples ne compromet sans doute pas l’ensemble de la théorie. Mais celle-ci se développe en dévoilant trois aspects: le rassemblement tumultueux, le temps mythique et la recréation par la reviviscence du chaos des origines. La fête paraît alors complète, et chaque étape semble éclairer la précédente. Mais cette fête complète dont on trouve l’exemple le plus parfait dans le Nouvel An babylonien n’est pas la seule possible. Aucune nécessité n’oblige à passer d’une étape à l’autre. Ainsi, ce qui ressemble le plus au corrobori, ce sont sans doute ces rassemblements massifs de jeunes gens lors des concerts donnés par leurs «idoles» du rock ou de la pop-music: toutes les violations de tabous semblent y avoir été consommées. Mais l’expérience de la festivité était en elle-même assez forte et la fusion collective assez puissante pour constituer une fin en soi. Le temps caractéristique de ce genre de fête était une succession d’instants purs, et non pas le Grand Temps du mythe. La résurrection du chaos créateur paraît encore moins nécessaire à la fête. Là où des collectivités locales se fêtent elles-mêmes avec éclat – ce qui est le cas particulièrement de la Belgique wallonne, dans ses fêtes patronales –, la fête se réfère le plus souvent à l’histoire légendaire du saint patron. Si les défilés commémoratifs ne sont pas exempts, parfois, de burlesque, c’est dans des débordements postérieurs à la cérémonie que le désordre s’établit, et la beuverie ne semble renvoyer à autre chose qu’à elle-même, à l’occasion de la fête.

On voit déjà des exemples de fêtes éloignés du modèle idéal qui était proposé. S’agirait-il de fêtes imparfaites, tronquées? Il est en réalité possible de présenter des cas en contradiction avec le modèle. C’est celui des fêtes intimes et des fêtes tristes. Il paraît clairement qu’elles sont fêtes non pas en dépit du fait qu’elles sont intimes ou tristes, mais en cela même qu’elles sont intimes ou tristes. Cela est vrai actuellement de Noël et de la Toussaint, la première trouvant son moment le plus intense dans et par l’intimité familiale, la seconde étant recueillement de deuil, y compris dans la multiplicité des rites et des tabous que révèle le folklore, tout au moins si on s’en tient à la France. Et si on remonte à la Rome païenne, le jour de fête (dies festus ) est un jour consacré où, si l’on met à part les Saturnalia , les interdits sont renforcés, l’activité limitée: interdit du travail, interdit du mariage, interdit du sang, etc.

Il semble donc que les auteurs qui ont cherché ainsi une essence de la fête se sont trop empressés de donner un contenu latent unique à la fête en tant que telle. Les contenus et les intentions qui président aux fêtes sont au contraire des plus variables, et il faut chercher ailleurs une définition.

2. Vers une définition des fêtes

La fête, genre mixte

Les fêtes évoquées ci-dessus oscillaient entre deux pôles, la cérémonie et la festivité. Pour certaines d’entre elles, c’est l’ampleur du rituel qui les distingue des rites quotidiens. Pour d’autres, c’est la densité de la festivité qui tranche sur le banal divertissement. Le divertissement n’est pas essentiel à la cérémonie en général et, vice versa, les fêtes, qui se situent entre la cérémonie pure et le simple divertissement, semblent bien ressortir à un genre mixte. C’est ce à quoi Durkheim était sensible chez les Australiens Warramunga, qui connaissent tous les degrés de la fête.

À vrai dire, les deux éléments ne sont pas sans affinité. Durkheim insiste sur l’aspect récréatif de la religion. La cérémonie est pour une part spectacle. Et J. Duvignaud, dans sa Sociologie du théâtre, a montré que les mystères étaient issus de para-liturgies se déroulant précédemment dans l’église, en sorte qu’avec la représentation sur le parvis on allait de la cérémonie spectaculaire au spectacle rituel. De même, comment ne pas tenir compte du faste de la liturgie des fêtes pontificales? La liturgie est déjà spectacle, pour ne pas dire divertissement. Lorsqu’elle est célébration solennelle, elle est déjà fête. Mais cette affinité n’empêche pas, au contraire, la cérémonie d’être débordée par le divertissement.

«Il en est des pratiques comme des croyances. L’état d’effervescence où se trouvent les fidèles se traduit nécessairement au-dehors par des mouvements exubérants qui ne se laissent pas facilement assujettir à des fins trop étroitement définies. Ils s’échappent en partie, sans but, se déploient pour le seul plaisir de se déployer, se complaisent en des sortes de jeux [...]. Aussi s’expose-t-on à des mécomptes quand, pour expliquer les rites, on croit devoir assigner à chaque geste un objet précis et une raison d’être déterminée. Il en est qui ne servent à rien; ils répondent au besoin d’agir, de se mouvoir, de gesticuler que ressentent les fidèles» (Les Formes élémentaires de la vie religieuse ).

Il est évident, en outre, que le divertissement prend facilement des formes rituelles, fût-ce sous la forme des «santés» bues et de tout ce que l’on pourrait appeler l’étiquette du «gueuleton». Au reste, il semble qu’il faut un prétexte, baptisé «occasion», pour que la fête émane du divertissement. Il faut quelque chose à célébrer.

L’idée du caractère mixte de la fête («mélange» de cérémonie et de divertissement) doit toutefois être nuancée. On s’exposerait à mal comprendre le sens des fêtes intimes ou tristes si on ne s’attachait qu’aux divertissements massifs, bruyants, désordonnés. Il y a évidemment une part de «divertissement» dans la parure de la tombe, l’achat et la disposition des fleurs aux fêtes mortuaires, de même que dans la pompe des funérailles, sans qu’il y ait besoin de faire appel aux ripailles qui accompagnent parfois les obsèques. Le divertissement est tout ce qui détourne de l’objet principal de la fête, tout en étant un ingrédient essentiel de la fête.

Cette mixité énoncée par Durkheim peut donc être prise comme première définition objective de la fête. Mais elle est aussi paradoxe, ambiguïté: toute fête, semble-t-il, se réfère à un objet sacré ou «sacralisé» (y compris l’anniversaire, ou des rites de passage comme le «conseil de révision») et a besoin de comportements profanes. Toute fête déborde le temps quotidien, mais c’est parfois pour se dérouler dans une pure succession d’instants, dont le happening donne le cas limite. Toute fête vit sur un mode extra-quotidien, mais nécessite de sélectionner des éléments caractéristiques de la vie quotidienne, au besoin stylisés (le repas, les relations sexuelles...) pour marquer la présence charnelle du groupe. Enfin, toute fête est rituelle dans les impératifs qui permettent de l’identifier, mais déborde le rite par des inventions dans ses éléments libres.

C’est là, sans doute, que le psychologue social verra le trait le plus caractéristique, qui commande tous les précédents: la spontanéité individuelle ou collective, sans laquelle il n’y a pas de fête, s’appuie sur une coutume plus ou moins institutionnalisée. Si les jeunes gens interrogés par A. Villadary préfèrent les «fêtes spontanées», en l’occurrence les «sorties», les «surprises-parties», etc., c’est pour échapper aux fêtes obéissant aux normes de la société adulte. Mais c’est aussi pour obéir à des quasi-institutions qui sont les leurs, où naissent la chaleur, la joie, la frénésie des «ambiances» qu’ils recherchent. Qu’est-ce, en résumé, pour chacun, qu’une fête qui vit, une fête réussie, sinon une institution génératrice de spontanéité? Mais il est des moments où l’institution tolère une faible spontanéité (au 14-Juillet, le défilé militaire). Et celle-ci, débordant l’institution dans une célébration solennelle, devient chahut (comme dans le film Zéro de conduite de Jean Vigo). Le 14-Juillet, il faut attendre la nuit tombée pour que les bals marquent le signal des réjouissances populaires. Il arrive alors que les deux aspects apparaissent dissociés, comme deux éléments étrangers, voire contradictoires.

Fonction expressive de la fête

Cette fréquente dissociation donne à la fête, aux yeux de Durkheim, une fonction double, récréative en même temps que religieuse, bien que, selon lui, les deux caractères se compénètrent le plus souvent.

La raison d’être de ces dissociations et compénétrations paradoxales semble bien être dans le caractère symbolique des fêtes. On fête toujours quelque chose, même si l’objet est futile en apparence (une rencontre, un avancement, etc.). Le rôle du symbole n’est pas alors de simplement signifier l’objet, l’événement, mais de le célébrer (en donnant à ce terme la signification la plus large, profane aussi bien que religieuse), d’utiliser tous les moyens d’expression pour faire apparaître la valeur que l’on attache à cet objet. Mais, contrairement au langage prosaïque pour lequel le signifiant renvoie purement au signifié, ces modes d’expression ont une certaine consistance propre qui les fait considérer en eux-mêmes. Ils sont danse, spectacle, repas, etc. Qui plus est, ils deviennent souvent opaques, au point de voiler aux yeux du spectateur, voire du participant, leur signification, c’est-à-dire l’objet qu’ils célèbrent. Tous les paradoxes sont dès lors possibles, dans ce rapport symbolique, où la part proprement signifiante n’est souvent que le noyau d’un lien d’expression beaucoup plus lâche, où l’affectivité prend le dessus. C’est de consonance – parfois mêlée de dissonances – qu’il faut alors parler pour exprimer les rapports entre la festivité et l’objet fêté.

Dans ce rapport fondamental, il est maintenant possible de proposer une distinction entre le concept des fêtes proprement dites et les notions voisines. C’est ainsi que «faire la fête» consiste à utiliser un des moyens d’expression de la fête, toute célébration étant absente. «Faire fête» à quelqu’un peut déboucher sur une «fête» proprement dite, mais n’en est que l’amorce. Quant à «férie» et «festivité», les deux termes se répondent, en ce que le premier est commémoration (d’un saint) sans que fête s’ensuive nécessairement, alors que les festivités sont l’ensemble des modes de réjouissance, ou tout au moins de valorisation affective, par lesquels s’exprime généralement une fête, hors de son cadre rituel strict.

La définition de la fête suppose enfin que l’on précise son cadre social et temporel, ce qui permet de nouvelles distinctions. Toute fête est un acte collectif. Cela suppose non seulement la présence d’un groupe, mais encore sa participation, ce qui différencie la fête du pur spectacle, et c’est pourquoi certains festivals ne peuvent être considérés comme fêtes stricto sensu. Toute fête, enfin, suppose un temps consacré: à la limite, tout est fête pendant le temps de la fête, ce qui fait de celle-ci un «fait social total», au sens de Mauss. Au moins, une multiplicité d’activités de nature diverse caractérisera la fête (activités religieuses, économiques, artistiques, ludiques, etc.), ce qui la distingue d’une simple cérémonie.

En définitive, on pourra définir la fête comme la célébration symbolique d’un objet (événement, homme ou dieu, phénomène cosmique, etc.) en un temps consacré à une multiplicité d’activités collectives à fonction expressive.

Fondements d’une typologie

La définition précédente invite à considérer non pas un type idéal, mais une pluralité de fêtes typiques. Chaque terme de la définition est lui-même variable, en sorte que l’on pourrait concevoir théoriquement autant de variétés de fêtes que le permet la multiplication des nombres de valeurs potentiellement prises par chaque variable. Une telle opération serait fastidieuse et ne saurait trouver place ici. De plus, certaines cases de la grille ainsi construite se trouveraient vides, d’autres surchargées du fait de l’affinité de tels ou tels caractères. Il faudrait alors passer d’une typologie des possibles à une typologie réelle. Contentons-nous de mettre en évidence les variations des attributs principaux, signalant de-ci de-là certaines affinités typiques.

Si la première variation à considérer est relative à l’objet, c’est moins l’objet lui-même que la relation à l’objet qu’on envisagera ici. Nous avons déjà énuméré diverses catégories d’objets possibles pour une fête. Précisons que l’objet peut être le groupe lui-même, comme dans une fête nationale, ou la fête patronale d’un village. Il y a alors deux et même parfois plusieurs objets, comme dans tel village qui se fête en même temps que son patron saint Jean et, bien entendu, le solstice d’été. Noël est fête de la nativité du Christ, tout en étant fête de l’enfance et fête de la famille. On peut même dire qu’en général la participation collective fait de toute fête celle du groupe célébrant, avec, au moins par moments, oubli de l’objet initial. C’est pourquoi on assigne en principe pour fonction essentielle, sinon première, à la fête, de réaffirmer les liens qui unissent le groupe. Mais, avant de différencier précisément les fêtes selon les groupes qui les célèbrent, il faut bien remarquer que «célébrer» a, de fait, plusieurs sens et plusieurs modes. On peut célébrer un objet présent, réel, comme une victoire qui vient d’avoir lieu. Tels étaient les triomphes romains. On peut aussi «commémorer», comme dans tout anniversaire de personne ou d’événement. Il faut alors représenter symboliquement ce qui n’est plus. On peut enfin faire revivre ce qui n’est plus ou ce qui est hors de l’univers perceptible: c’est ici qu’il faut placer les fêtes qui font resurgir le chaos initial, et même la pâque catholique qui revit la résurrection du Christ. Dira-t-on que les deux dernières catégories sont en fait confondues? C’est faire fi d’une intention existentielle capitale.

Quant aux groupes célébrants eux-mêmes, leur variété est évidemment indéfinie, depuis le couple fêtant dans l’intimité son anniversaire de mariage jusqu’aux fêtes d’ampleur mondiale (encore que les dates diffèrent) du Nouvel An. La multiplicité des groupes entraîne naturellement la multiplicité des fêtes – leur «éclatement», diront certains –, ou plutôt des cycles ou séries de fêtes. Cycles nationaux (en France, 14-Juillet, 11-Novembre), cycles religieux, cycles familiaux, fêtes professionnelles, fêtes du groupe de collègues ou d’amis... Certaines de ces fêtes ont pour objet un membre, éminent ou non, du groupe (anniversaire du souverain ou des membres des petits groupes, etc.). Le cas de la famille contemporaine vaut d’être retenu. Elle est le lieu, d’une part, des rites de passage de chacun de ses membres (baptême, communion solennelle, mariage, funérailles), d’autre part de fêtes calendaires réservées à certains rôles familiaux (Fête des mères), enfin de fêtes à désignation plus large comme la Noël. On assiste alors à un véritable emboîtement de groupes célébrants: foyer (veillée), famille large (repas de Noël ou du Nouvel An, compris dans la même période de fêtes), Église (liturgie), entreprise (arbre de Noël), cité (illuminations). À chaque civilisation, voire à chaque nation, correspond un réseau différent de groupes, donc un réseau différent de fêtes.

On peut en dire autant du temps de la fête, dont la multiplicité est fonction de celle des «temps sociaux» énumérés par G. Gurvitch. Ici se retrouve le problème, mis en évidence par Hubert et Mauss, du rapport entre le temps vécu et le temps évoqué. Mais pourquoi celui-ci serait-il toujours celui du mythe? Mettant à part le temps présent, il y a aussi le temps de l’histoire et de la légende et celui du conte. On ne peut légitimement assimiler des expressions comme «au commencement», «en ce temps-là» et «il était une fois». Or, le temps du mythe, qui a pour caractéristique d’être à la fois hors du temps et omniprésent, tend, comme l’ont bien vu les phénoménologues, à être revécu, comme dans le Nouvel An babylonien ou dans la multitude des fêtes signalées par J. Cazeneuve, dans lesquelles les masques non seulement figurent, mais font revivre les personnages mythiques. En outre, le mythe étant sans durée, les articulations du temps (journées) dans la fête peuvent correspondre à des périodes mythiques de durée illimitée, et vécues comme telles. L’évocation de l’histoire ou de la légende pose moins de problèmes: elle tend vers une figuration homologue, quoique généralement raccourcie, du temps évoqué (par exemple, la Nativité représentée par la crèche vivante à Besançon). Le raccourcissement peut aller jusqu’à la présentation, dans un défilé, de personnages clés des principaux épisodes. Enfin le conte, proche du mythe, donnera lieu parfois à un jeu, au point de rencontre de la réalité et de la fiction, avec un instant privilégié comme celui de la découverte des cadeaux par les enfants, à Noël. Mais, précisément, comme dans ce cas, les trois genres peuvent se mêler et apparaître en des moments différents de la fête.

Les activités propres aux fêtes s’étagent depuis les actes symboliques propres à chaque fête jusqu’à ceux que l’on rencontre plus ou moins dans toute fête. Le nombre en est du reste limité (rassemblements et défilés, fastes de décorations, repas et beuveries, fraternisations et licences sexuelles, échanges de cadeaux...). Toutefois, le style de ces manifestations est, comme on l’a vu, variable. Pour reprendre le vocabulaire de Caillois, tout n’est pas «transgression»; respect et transgression, selon le cas, prédominent. Aussi bien la fonction psychologique de la fête, même dans ses divertissements, peut aller de la libération des pulsions interdites dans la vie quotidienne jusqu’au renforcement de la soumission à un ordre que cette même vie quotidienne fait oublier: autorité des morts, cohésion familiale, etc.

3. Le rituel festif

Continuité

On ne peut oublier les pages de J. Burckhardt ayant pour sujet la sociabilité et les fêtes durant la Renaissance italienne, ni celles de L. V. Tapié sur les programmes des cortèges, des défilés et des cérémonies scandant et magnifiant la gloire du mariage et de la paix, évoquant aussi la mort des grands par le discours et par la mise en scène réglée des lieux de la ville les plus marqués par les symboliques culturelles de groupes sociaux oubliant, pour un instant, leurs différences grâce à l’enchantement provoqué par l’étonnement et le rituel festif .

La fête, comme veut le montrer Philippe Gil, dont les éléments de recherche sont intégrés à la présente analyse, marque les temps forts des activités sociales, elle délimite les frontières séparant le quotidien de l’exceptionnel. Elle est souvent un temps de la transition, obligeant les participants à insérer leurs multiples pratiques économiques, mais aussi culturelles, formant le tissu social des interrelations subjectives et objectives, dans un ensemble consensuel dont l’acceptation est théâtralisée par les divers acteurs sociaux. Les activités sociales sont ponctuées par des fêtes qui reproduisent en les ritualisant les hiérarchies institutionnelles ou mythiques, marquant par leur insistance la stabilité des pouvoirs sociaux et des légitimités religieuses et atemporelles. Par la fête, le sens de l’univers social est souligné; c’est par là même un enseignement en acte faisant intérioriser aux classes d’âge les plus jeunes les scansions du temps social et de l’ordre de la nature; la programmation des fêtes fixe ou réactive la mémoire d’un groupe social donné: la transmission des modèles et de l’étiquette sont les garants de la vie d’une culture.

Les fêtes, qu’elles soient celles des bonnes récoltes, des feux de la Saint-Jean, de la chasse à l’ours chez les Nivkh et chez les Ket, ou bien celle des conscrits en Beaujolais, sont à la fois des marqueurs sociaux et des rites de passage. Les rites, les façons de dire et de faire, les récits et les mythes qui marquent par leur rayonnement plusieurs générations et qui, grâce à la mise en scène que toute organisation festive propose et impose, sont des pratiques culturelles maîtrisant symboliquement l’écoulement du temps; la ritualisation de la transition affirme la stabilité de l’ordre social qui est souvent remis en cause par la transition elle-même. La célébration ordonnée du passage, d’un règne à un autre, du père au fils, du célibat au mariage, d’une classe d’âge à une autre, du berceau à la tombe, est une des pratiques culturelles ayant pour but d’exorciser théâtralement le désordre provoqué par tout changement de personne ou de statut. La fête ordonne ainsi le temps, cautérise les ruptures et les passages, sacralise par une régulation du loisir les inquiétudes qu’une solution de continuité peut faire naître.

Ainsi, le pouvoir charismatique du roi thaumaturge ne disparaissait pas avec la mort de celui-ci; la pompe des cérémonies funèbres, en soulignant le destin commun des hommes, en construisant un décor sacralisant l’espace urbain ou villageois, a pour effet de transmettre magiquement et de faire intérioriser psychologiquement cette transmission des attributs symboliques d’un pouvoir.

La fête organise la périodicité des passages que le temps naturel et le temps social imposent, elle rappelle, par la cérémonie et les spectacles, la participation de tous, la célébration d’un consensus et des divisions hiérarchiques. La fête montre et démontre le pouvoir des puissants, mais elle est aussi le lieu de la communication, de l’échange et de la cohésion sociale. La régulation de la continuité s’organise grâce à tout un ensemble de lieux, de décors, de costumes et d’activités fixant l’imaginaire et précisant les gestualités permises. Les danses traditionnelles, par exemple, sont à la fois des prescriptions de savoir-vivre dans les noces villageoises et des manières codifiées des relations entre les hommes et les femmes: «Il y a des façons de quitter sa partenaire, comme il y a des façons de l’inviter.» La programmation, en un lieu socialement donné, des rapports entre les sexes, la stabilité des répertoires des figures de la danse et des musiques forment des faisceaux d’obligations et de politesse réunissant les générations plus souvent qu’elles ne les séparent; le plaisir et l’expressivité de la demande sont des manifestations de «données sociales» aussi bien que de «données individuelles» qui rythment le temps en matérialisant, dans un même mouvement centrifuge, la cohésion et la hiérarchie des différences.

Ruptures et renversements

L’organisation de la fête produit le rassemblement symbolique d’intérêts socialement et imaginairement antagonistes, mimant, dans un espace donné et grâce à une chronologie fixée, un consensus social par lequel chacun accepte comme un présupposé l’entendu dans le malentendu. Communion, différenciation, débordement et normes intériorisées, réglementation minutieuse du cadre de la fête structurent un temps social prolongeant – en pouvant l’inverser – le temps de la quotidienneté et de la hiérarchie admise .

Le foisonnement infini des festivités ne fait pas obstacle aux nécessités du classement; la fête est multifonctionnelle et les normes communautaires non écrites de son déroulement expriment souvent un conflit d’une façon réglée permettant le contrôle collectif du groupe d’appartenance sur l’individu. Par exemple, le charivari au Moyen Âge tend à réguler le marché matrimonial en empêchant de manière symbolique et bruyante le remariage des veufs. Le carnaval, dérèglement réglé du renversement du monde, inscrit dans un temps et dans un espace déterminés une régulation apotropaïque de la société. La précaution oratoire consistant à dire le contraire de ce que l’on veut démontrer et la mimique sociale consistant à faire ce qu’il ne faut pas faire afin de mieux faire ce qu’il est nécessaire de faire sont des retournements codifiés de la hiérarchie sociale et du sentiment métaphysique ayant pour effet de ne pas remettre en question l’ordre établi. Tout processus social se joue entre les deux extrêmes de la mobilité et de la fixité institutionnelles absolues; le carnaval – figure centrale du renversement – est ainsi le lieu privilégié du retournement temporaire afin que chacun soit magiquement convaincu de la juste place qu’il occupe dans la société: le roi devient mendiant, le fou devient sage, la femme devient homme et réciproquement, le vieillard, coiffé d’un bonnet de jeune enfant, promené dans une poussette, suce une tétine, la religieuse est une prostituée, cette dernière devient une sainte. Le dérèglement réglé et l’inversion des rôles sociaux peuvent à la fois être considérés comme une soupape de sécurité et comme la forme socialement acclimatée des projets millénaristes et chiliastiques s’appuyant sur une légitimité charismatique toujours en conflit avec l’autorité hiérarchique.

L’institution carnavalesque, fortement contrôlée dans le temps et dans l’espace, autorise les plaisirs du retournement entre Épiphanie et carême. Mais cette fête du miracle et du charisme peut elle-même se dérégler – le dérèglement du dérèglement réglé – et, détruisant la fragile pharmacopée apotropaïque que le carnaval construit, aboutir – comme à Romans en 1580 – à un carnage sanglant qui se veut purificateur en exaspérant à l’extrême les luttes urbaines. Ce retournement absolu – dont rêve un Joachim de Flore, par exemple –, amplifiant ce microcosme qu’est le carnaval, n’est pas seulement un phénomène païen ou chrétien. On le retrouve dans d’autres sociétés dans lesquelles le fondement charismatique du pouvoir peut construire une image double du maître – par exemple, la figure mythico-historique du Huitième Bouddha vivant d’Urga, ivrogne invétéré dont les pires excentricités sont immédiatement comprises et interprétées comme autant d’obscurs présages et énigmes à élucider. «Cet art de l’interprétation dirigée fleurit comme nulle part en milieu charismatique.»

Dans les œuvres littéraires, le Buscón de F. de Quevedo par exemple, le thème du carnaval des Gueux et de ses rapports avec l’aristocratie est central. La vie est un rêve, carnaval est réalité dans cet univers de l’illusion généralisée. Les sens sont trompeurs, l’essence des choses et des êtres est elle-même truquée, le tricheur est alors la seule personne réelle mystifiant la mystification des hiérarchies socialement admises et reconnues. L’œuvre de fiction permet ainsi – sur un autre mode que celui de l’activité ludique ou messianique – de décrire, par le regard des gueux, la vanité des qualifications sociales. Carnaval est marionnette montreur de marionnettes disqualifiant sans cesse la considération des pouvoirs institués et l’activité fébrile de ses acteurs. Mais, si la fiction littéraire permet cette narration révoltée et souterrainement désespérée, le travail sur documents historiques montre surtout que ce qui est concédé par la loi – dix jours de carnaval à Rome, par exemple – est une initiative aristocratique renouvelant l’échange. Dépenser sans compter l’argent d’apparat est une des manières agonistiques de rendre compte de la prospérité de la municipalité et des mécènes.

Instauration

La fête est une cautérisation, elle est aussi une purgation du temps social, mais dans le panorama des liens unissant la temporalité à l’activité festive il est nécessaire de souligner les fêtes d’un nouvel ordre social s’instaurant après une révolution. Du passé faire table rase, rendre manifeste, intangible, éternel le nouvel ordre en train de se construire à partir de l’activité révolutionnaire, tels semblent être les aspirations profondes et les mots d’ordre des organisateurs des fêtes de la Révolution française. Le désir de mettre en scène le projet utopique d’une cité idéale, de célébrer la rupture d’avec l’ancien ordre des choses et des gens, de magnifier une nouvelle harmonie sociale incite les organisateurs – par exemple Grégoire proposant à la Convention un plan national de dénomination des rues «rendant clair pour le public le choix des itinéraires des fêtes révolutionnaires» – à modifier le calendrier festif traditionnel afin de l’assujettir au rythme des actes fondateurs du nouvel ordre social (21 janv. -14 juill.). Affirmer un espace et inaugurer un temps révolutionnaire éradiquant des mémoires les anciennes cérémonies est la manifestation d’une politique volontariste contribuant à la formation d’une nouvelle morale civique.

Le projet vertueux d’un rassemblement du peuple intériorisant les sens rationalisés d’une nouvelle organisation du calendrier et de la topographie festive «se heurte à la mauvaise grâce des faits». Débordements, troubles, violences, telle apparaît la fête spontanée à laquelle le peuple est enclin aux yeux des notables conservateurs ou modérés ainsi qu’à ceux de bon nombre de Conventionnels. La fête paraît trop intimement liée à l’effervescence et à l’agitation populaires, elle est trop éloignée de l’aspiration culturelle de cette nouvelle classe politique bercée par la philosophie des Lumières. Une double nécessité conduit le législateur: abolir les anciennes cérémonies, mais, dans le même temps, organiser les nouvelles fêtes afin que celles-ci ne puissent servir de prétextes aux débordements populaires. Une législation abondante et précise se met en place tout au long de la décennie révolutionnaire. Le remplacement progressif du spontané par l’ordonné n’est pas réductible aux changements de fractions politiques au pouvoir. Le commun souci est de fixer la symbolique révolutionnaire et de canoniser le plus rapidement possible l’événementiel afin qu’il devienne légitimement l’Histoire de France; l’exemplaire fête de la Fédération de 1790 s’institutionnalise les années suivantes, suggérant aux historiens l’idée de la monotonie et de la faiblesse inventive des organisateurs ainsi que l’incapacité de renouveler l’expression festive. Cette volonté de rupture, cette liquidation du passé et cette routinisation rapide des fêtes révolutionnaires sont des exemples de greffes mal prises, de syncrétismes volontaristes entre des aspirations opposées. La raison des Lumières, reine du monde, ne peut changer le cours, ethnographiquement constitué depuis des siècles, des activités festives d’une population encore peu urbanisée; l’essai de greffe d’une idée nouvelle sur une partie du folklore traditionnel marque bien les limites d’une telle opération de chirurgie culturelle. L’arbre de mai, issu du folklore paysan, incorporé à l’arsenal de la symbolique révolutionnaire, devient l’arbre de la liberté. Cette dénomination rassure par sa nouveauté, mais la continuité de la culture paysanne sous-tend, sans l’escamoter légalement, le discours révolutionnaire: «Songeons à Edgard Quinet si chagrin de devoir constater que tout le cérémonial révolutionnaire n’a pu déplacer un seul saint de village.» Ainsi, la fête révolutionnaire essaye d’amalgamer le folklore traditionnel et les nouvelles aspirations philosophiques et politiques: elle essaye aussi de plier l’espace urbain aux signes d’un nouvel ordre social, mais elle compose toutefois avec l’héritage architectural et les structures urbaines de l’Ancien Régime.

Feux d’artifice, triomphes, masques, cortèges de bacchanales et mascarades mythologiques, noces villageoises et nuits fabuleuses offertes par les Médicis, les Estes et les Gonzagues, la fête instaure son propre royaume qui n’est – désenchantement de l’historien et du sociologue – qu’un paysage du leurre et de l’apparat. La diversification des codes cérémoniaux et des rituels mis en place, leurs complexités et la mémoire vivante de leurs complexités sont des pratiques symboliques mettant en jeu un ensemble de classifications multidimensionnelles. La fête, microcosme déplacé de la quotidienneté, légitime cette dernière par la présentation du bariolage de ses excès et par la scénographie, qu’intériorisent les divers groupes en présence, de l’équilibre toujours instable de la hiérarchie des enjeux sociaux.

fête [ fɛt ] n. f.
feste 1080; lat. pop. festa, de festa dies « jour de fête »
ISolennité, ensemble de réjouissances de caractère commémoratif; jour consacré à cette solennité. cérémonie. Jour de fête. férié, festif. Fêtes périodiques. anniversaire. Les fêtes du jubilé, du bicentenaire.
1Solennité religieuse célébrée à certains jours de l'année. Fêtes catholiques (Ascension, Épiphanie, Noël, Pâques, Pentecôte). Fête du Saint Sacrement ( fête-Dieu) , de la Vierge (Assomption), des Saints (Toussaint). Les dimanches et fêtes. Fêtes fixes, qui reviennent chaque année à la même date. Fêtes mobiles, qui dépendent de la date de Pâques. Fêtes carillonnées. Veille d'une grande fête. 1. vigile. Fêtes juives (Pâque, fête des lumières, des tabernacles, Yom Kippour, etc.), musulmanes (fête du sacrifice, de rupture du jeûne), des religions d'Extrême-Orient (Têt), etc. Fêtes antiques grecques (dionysies, fêtes orphiques, panathénées), romaines (bacchanales, lupercales, saturnales, etc.). Fête religieuse bretonne (pardon).
2(XVIIe) Jour de la fête du saint dont qqn porte le nom. Souhaiter à qqn sa fête, bonne fête. Loc. fam. Ça va être ta fête; je vais te faire ta fête, formule par laquelle on menace qqn de coups, on lui prédit des ennuis.
La fête d'une compagnie, d'une profession : le jour de la fête du saint qui est son patron. La Sainte-Barbe, fête des artilleurs et des pompiers.
Fête votive, patronale (d'un lieu, d'un village).aussi ducasse, kermesse; frairie.
3Réjouissance publique et périodique ( anniversaire) en mémoire d'un événement, d'un personnage. La fête de la Fédération (en 1790). La fête nationale du 14 Juillet. La fête du Travail, le 1er Mai. Le 11 Novembre, fête de l'Armistice. Fête légale : jour de fête civile ou religieuse reconnu par la loi. — Au plur. Réjouissances étalées sur plusieurs jours. festivité. Les fêtes du Carnaval. Les fêtes de fin d'année : Noël, Réveillon du Nouvel An. Absolt Où irez-vous pour les fêtes ?
Réjouissance en l'honneur d'une chose qui contribue au bien ou au plaisir de l'homme. La fête des vendanges, de la bière, de la moisson.
Jour fixé pour honorer une catégorie de personnes. La fête des Mères.
4Ensemble de réjouissances organisées occasionnellement. Fête donnée par un particulier. bal, festin, gala, garden-party, raout, réception, réunion, soirée. Donner, offrir une fête en l'honneur de qqn. Organiser, faire une fête pour son anniversaire. Danser, s'enivrer lors d'une fête. Les fêtes de Versailles sous Louis XIV. « il y eut, à propos de je ne sais plus quelle solennité officielle, des fêtes dans Paris, revue au Champ de Mars, joutes sur la Seine, théâtres aux Champs-Élysées, feu d'artifice à l'Étoile, illuminations partout » (Hugo). Fête de bienfaisance, de charité. kermesse. Comité des fêtes. Salle des fêtes. Fête foraine. Fêtes populaires du Midi ( féria) , de Bretagne ( fest-noz) .
5Bx-arts Fêtes galantes : genre de peinture qui présente des groupes de jeunes gens et de jeunes femmes se divertissant en costumes de théâtre (ex. Watteau).
6Ensemble de réjouissances ayant lieu en famille, entre intimes. Une fête de famille, à l'occasion de quelque événement heureux : noce, anniversaire.
7Loc. Faire la fête : s'amuser en compagnie, mener joyeuse vie. ⇒fam. et pop. bamboche, bamboula, 2. bombe, 2. bringue, fiesta, 1. foire, java, noce, nouba, teuf, vie; fêtard.
Loc. prov. Ce n'est pas tous les jours fête : il y a des moments moins agréables que d'autres.
II(Dans des expr.) Bonheur, gaieté, joie, plaisir. Un air de fête. « Le premier mérite d'un tableau est d'être une fête pour l'œil » (E. Delacroix). — EN FÊTE : gai. La nature est en fête. Loc. (1680) FAIRE FÊTE à qqn,lui réserver un accueil, un traitement chaleureux. « Ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire » (Baudelaire). Se faire une fête de : se réjouir à l'avance, se promettre beaucoup de plaisir de. — Être à la fête : éprouver la plus grande satisfaction. — Ne pas être à la fête : être dans une situation pénible. Il n'a jamais été à pareille fête, dans une situation aussi agréable. ⊗ HOM. Faîte.

Fête fête organisée par des forains et comportant de nombreuses attractions.

fête
n. f.
d1./d Jour consacré à commémorer un fait religieux, historique, etc. La fête de Noël. Fête nationale.
|| (Afr. subsah., Maghreb) Fête du mouton ou grande fête: fête musulmane (V. aïd) commémorant le sacrifice d'Abraham, lors de laquelle un mouton est sacrifié.
Fête du ramadan ou petite fête: fête de la fin du jeûne du ramadan.
|| Fête légale, obligatoirement chômée. Fête mobile, dont la date varie chaque année.
|| La fête de qqn, le jour consacré au saint dont la personne porte le nom.
d2./d Réjouissances publiques ou familiales. Une fête de famille. Syn. (Québec) party.
d3./d Fig. Fête pour...: grand plaisir pour. Ces couleurs, quelle fête pour les yeux!
d4./d (Québec) Anniversaire (de qqn). Souhaiter bonne fête à qqn.
d5./d Loc. En fête: gai, joyeux. Avoir le coeur en fête.
|| Faire fête à qqn, lui réserver un accueil très chaleureux.
|| Faire la fête: mener joyeuse vie.
|| N'être pas à la fête: être dans une situation très désagréable.

⇒FÊTE, subst. fém.
Ensemble de réjouissances collectives destinées à commémorer périodiquement un événement :
1. La fête s'élabore autour d'un thème mythique particulier et organise, sinon un désordre, du moins des dérogations à l'ordre, pour obtenir ou réactualiser dans la conscience collective l'assentiment à l'ordre préconisé. C'est donc essentiellement un jeu symbolique qui resitue la praxis par rapport au mythe qui lui donne sens. La fête vaut ce que valent effectivement pour le groupe la symbolique utilisée et le mythe évoqué. De ceci découlent de notables différences entre la fête en milieu archaïque et traditionnel, et la fête dans les sociétés modernes.
THINÈS-LEMP. 1975.
SYNT. Fête commémorative, périodique, annuelle; fête organisée, mémorable, ordinaire; grande, petite fête; préparatifs, vêtements, habits, parure de fête; veille, jour, lendemain de fête; organisation, éclat d'une fête; instituer, organiser, célébrer une fête; assister, participer, s'associer à une fête; être prêt pour une fête.
A.— Dans le domaine relig. [P. réf. à un cycle liturg.] Célébration en l'honneur d'une divinité, d'un être, d'une chose... vénérés par une religion, ou en commémoration d'un événement marquant de son histoire. Fête religieuse.
1. ANTIQ. Fêtes religieuses grecques, romaines, égyptiennes, de l'Antiquité. La fête d'Isis, d'Osiris, de Jupiter, de Junon, de Vénus, etc. Les païens célébraient la plupart de leurs fêtes par des sacrifices et des jeux (Ac.). Ce tableau nous rappelle la fête équinoxiale du printems, célébrée en Égypte sous Aries ou sous l'agneau, en mémoire de ce que le feu du ciel avait embrâsé le monde (DUPUIS, Orig. cultes, 1796, p. 347). Il [Dicéopolis] revenait de la fête des Panathénées, où avaient été récités, comme de coutume, de longs morceaux de l'Iliade (THIBAUDET, Réfl. litt., 1936, p. 224) :
2. Le jour de fête n'est pas en principe, du moins chez les Romains, un jour de joie. La fête des mânes est considérée comme un jour triste. Le jour de fête comportait généralement des sacrifices, des processions, des jeux, des repas sacrés (...). Il semble au contraire que chez les Juifs les fêtes eurent d'ordinaire un caractère de joie religieuse.
Archéol. chrét. 1922.
2. RELIG. JUIVE. Commémoration d'un événement touchant à l'histoire du peuple juif. Fête des juifs; fêtes israélites; fête du Passage (de la mer Rouge). La tente de feuillage que David Sichel dressait chez lui, comme tous les fils d'Israël, au jour de la fête des Tabernacles (ERCKM.-CHATR., Ami Fritz, 1864, p. 4) :
3. Les trois grandes fêtes mosaïques (...). Le quinzième jour du mois de nisan, on célébrait la Pâque, en mémoire de la sortie d'Égypte (...). On offrait au Seigneur les prémices de la moisson de l'orge, et la solennité durait sept jours (...). Sept semaines après la Pâque (...) venait la Pentecôte, appelée aussi la fête de la moisson (...). On offrait au Seigneur les prémices de la moisson du froment (...). La fête ne durait qu'un jour (...). La fête des Tabernacles, célébrée le quinzième jour du septième mois, se prolongeait durant sept jours. C'était comme la fête de la récolte (...) dans laquelle on célébrait joyeusement la rentrée de tous les fruits de l'aire et du pressoir.
Bible 1912.
3. RELIG. CHRÉT. Commémoration relative à la vie du Christ, de la Vierge ou des saints. Fêtes reconnues par l'Église; les dimanches et les fêtes; les quatre grandes fêtes de l'année (Noël, Pâques, Pentecôte, Assomption); le retour des grandes fêtes; fête de la Vierge, de l'Immaculée Conception; fête des Rameaux, de (la) Pentecôte, de l'Assomption. On fait ce jour-là (24 août 1653) la fête de saint Barthélemy, apôtre (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 191). Si l'on y croyait, à cette belle fête de Noël, au lieu de s'échapper dans les nuages théologiques, alors se développerait le culte de l'enfant (ALAIN, Propos, 1935, p. 1298). Déjà la fête de la Nativité de la Vierge, qui tombe le 8 septembre, est une de celles qui se célèbrent au milieu du plus grand concours de fidèles (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p. 223) :
4. Avec Jésus les formes anciennes du culte sont périmées, car les croyants ne sont plus asservis au cycle naturel et les événements jadis célébrés n'étaient que figure de la réalité qu'est l'Alliance dans la Pâque du Christ. Aussi la célébration du mystère pascal est-il la fête chrétienne par excellence, dont chaque dimanche rayonne la présence.
LÉON 1975.
Fête-Dieu, fête du Saint(-)Sacrement. Solennité instituée en l'honneur du sacrement de l'Eucharistie et fixée au jeudi qui suit l'octave de la Pentecôte :
5. ... Urbain IV (1261), ce fils de cordonnier (...) eut la gloire de trouver un nouvel aliment à la piété catholique en instituant la fête du Saint-Sacrement (1264)...
MONTALEMBERT, Ste Élisabeth, 1836, p. XX.
Fête des saints, de tous les saints. Célébration de tous les saints fixée au 1er novembre. Synon. Toussaint.
Rem. La fête des saints est couramment confondue avec la fête des morts qui est célébrée le lendemain (infra).
En partic. Fête des morts. Jour consacré par l'Église à la commémoration des morts (2 novembre). Synon. Jour des morts :
6. ... il n'est pas étonnant que la Toussaint et la fête des morts, qui ne sont qu'une seule fête en deux pensées, se trouvent placées en ce moment de l'automne où il est clair que tout se défait, et que rien ne s'annonce encore.
ALAIN, Propos, 1926, p. 691.
Fête d'obligation ou de précepte. Commémoration imposée par l'Église. P. oppos. Fête de dévotion.
Fête chômée. Fête d'obligation marquée civilement par un repos légal d'un jour. Synon. vieillis fête fêtée, fériée. C'était fête chômée; à cette date, l'Église commémore solennellement le jour où la Vierge Marie (...) fut enlevée au ciel en corps et en âme (FRANCE, J. d'Arc, t. 2, 1908, p. 24).
Fête carillonnée. Grande fête annoncée dès la veille par des carillons. Ces carrosses (...) transportent la cour à l'église les jours de fête carillonnée (ABOUT, Grèce, 1854, p. 363).
Fête fixe. Commémoration annuelle dont la date est fixée invariablement.
P. oppos. Fête mobile. Commémoration annuelle dont la date varie en fonction de celle de Pâques, elle-même mobile. Supputation des temps pour le calendrier des fêtes mobiles (SAINT-JOHN PERSE, Exil, 1942, p. 227) :
7. ... il avait parlé du jour et de la nuit, de la semaine et des mois, des signes du zodiaque, des épactes, du cycle lunaire et des fêtes mobiles.
FRANCE, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 205.
Fête double, semi-double, simple. ,,Au rite romain, anciens degrés de solennité des fêtes, aujourd'hui abolis`` (Foi t. 1 1968). Le Gloria des fêtes simples (...) est un bel exemple du chant de cette espèce (D'INDY, Compos. mus., t. 1, 1897-1900, p. 66).
[Réjouissances dont l'origine réside dans la commémoration d'un saint reconnu comme protecteur ou patron, et organisées le jour de sa fête]
Fête de congrégation :
8. Une messe clôturait les exercices. Tous se trouvèrent réunis à une communion solennelle. Volontiers on se serait cru rejeté d'une année en arrière, à cette fête de congrégation durant laquelle Léonard, nommé préfet, avait songé pour la première fois au miracle de la vocation.
ESTAUNIÉ, Empreinte, 1896, p. 155.
Fête (d'une corporation, d'une compagnie, d'un corps de métier). Fête des Écoliers (le jour de la saint Charlemagne). Fête des Cordonniers (le jour de la saint Crépin). Fête des Boulangers (le jour de la saint Honoré) :
9. À la Saint-Pierre, fête des Papetiers, pour la transformation de ses fabriques, Grange donna un banquet en plein air dans le pré, sous Minard. Il y avait son Angliche, les compagnons papetiers, des gouverneurs aux apprentis, et jusqu'aux chiffonnières. Il y avait M. le curé et plusieurs gros bourgeois.
POURRAT, Gaspard, 1930, p. 98.
Fête patronale (d'une ville, d'un village); fête de village; fête (d'un lieu); fête votive (dans le Midi); fête locale. « Voulez-vous que je vous mène à la fête de Saint-Cloud? » Edgar fut d'avis qu'on y allât, à cause des chevaux de bois (FRANCE, Servien, 1882, p. 40). Le 15 août, deux jours après son arrivée, était la fête patronale de la ville. On l'avait invité au banquet de la municipalité (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1952, p. 255) :
10. Il faut avoir vu nos fêtes votives de Provence, ces paysans debout sur les tables, hurlant (...) tout un village ivre à rouler pour quelques bouteilles de limonade.
A. DAUDET, N. Roumestan, 1881, p. 281.
Fête paroissiale. Synon. de fête patronale. P. ext. Toute fête réunissant les fidèles d'une paroisse. Il me remet le programme de je ne sais plus quelle petite fête paroissiale (GREEN, Journal, 1929, p. 22).
Fête (d'une personne). Réjouissances commémorant le saint dont la personne a reçu le nom à son baptême, organisées le jour de la fête de ce saint et mises à profit pour formuler des souhaits et offrir des présents. Souhaiter à qqn sa fête, une bonne/joyeuse/heureuse fête; offrir à qqn un cadeau pour sa fête; c'est ma fête aujourd'hui; bouquet, gâteau de fête. Ils venaient se pourvoir d'un bouquet pour la fête de leur grand-papa. On leur remit à chacun un petit bouquet de pensées et d'immortelles (JOUY, Hermite, t. 2, 1812, p. 225). Justement, un anniversaire de fête se présenta, ils emplirent la chambre de gros bouquets (ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 1062) :
11. Ce soir, peut-être, aurons-nous la pluie avec le feu d'artifice pour la fête du roi [Louis-Philippe]. En passant par les Tuileries, j'ai vu les préparatifs probablement tout ce que je verrai de la Saint-Philippe. Je n'aime pas ces foules, et puis je ne suis pas en gaies dispositions.
E. DE GUÉRIN, Lettres, 1841, p. 430.
Loc. pop. ou arg., par antiphrase. Souhaiter sa fête à qqn. Malmener quelqu'un, lui donner une sévère correction. Ça va être ta fête. Il savait que les autres [ses trois tourmenteurs] n'allaient pas lui faire de fleur, que ça allait être sa fête. Tant pis pour lui (LE BRETON, Rififi, 1953, p. 91).
B.— Dans le domaine profane
1. [Au plan national]
a) [Avec un caractère institutionnel et public, pour commémorer un événement ou un personnage hist.] Comité, salle des fêtes; rumeurs, décors, décorations de fête; programme d'une fête; fête publique, populaire.
Fête nationale, du 14 juillet, de l'Armistice (de 1918), de la Libération, de la Victoire, de l'Indépendance; Fête de Jeanne d'Arc (8 mai). Revenu au Caire, Bonaparte célèbre la fête anniversaire de la fondation de la République (CHATEAUBR., Mém., t. 2, 1848, p. 344). 14 juillet. — Fête de la République. Je me suis promené par les rues. Les pétards et les drapeaux m'amusaient comme un enfant (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Horla, 1866, p. 1106) :
12. Ce 14 juillet qui est à peine une fête légale en pays craonnais (où la fête nationale est plutôt celle de Jeanne d'Arc), s'achevait par un crépuscule radieux.
H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 104.
Fête légale. ,,Jour de l'année correspondant à des cérémonies religieuses ou consacré, soit de façon permanente, soit à titre exceptionnel, à des réjouissances civiles et que la loi a déclaré « jour férié »`` (CAP. 1936). V. supra ex. 12.
b) [Pour célébrer des fonctions, des activités considérées comme fondamentales]
Fête du Travail (le 1er mai) :
13. 1793. « Le Duodi, deuxième des sansculottides, sera consacré à l'industrie et à l'activité laborieuse. Cette fête s'appellera la fête du travail ».
FABRE D'ÉGLANTINE, Œuvres politiques, 1878, ds QUEM. DDL t. 11.
[Avec un caractère à la fois national et privé] Fête des Mères. Célébration instituée en l'honneur de la fonction maternelle et des mères qui l'incarnent, fixée au dernier dimanche du mois de mai (mois de la Vierge Marie), donnant lieu en privé à des réjouissances familiales et donnant à la nation l'occasion d'honorer (par l'attribution de distinctions) des mères particulièrement méritantes. [Dans le même esprit] Fête des Pères (célébrée en juin).
c) Au plur.
[Dans certaines expr., relig. à l'orig., mais considérées d'un point de vue profane et prises dans un sens gén.] Les fêtes de Noël, de Pâques, de la Pentecôte... La succession des jours légalement chômés à l'occasion de ces fêtes. Je t'attends aux fêtes de la Toussaint. Tu es spécialement convié par ma nièce à embellir de ta présence notre modeste asile (FLAUB., Corresp., 1859, p. 249). J'irai donc, écrivit-il, passer les fêtes de Pâques à l'Ermitage (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1950, p. 132) :
14. ... Marie serait triste, ayant été seule pendant les fêtes de Noël, d'être encore abandonnée pendant mes vacances du Jour de l'An...
MALLARMÉ, Corresp., 1866, p. 195.
Les fêtes de fin d'année. L'ensemble des jours chômés à l'occasion de la fête de Noël et de celle du Nouvel An. P. ell. Les fêtes; époque des fêtes; passer les fêtes en famille, être invité pour les fêtes. Comme tous les paysans elle était prise, au retour des fêtes, d'un accès de piété ponctuelle et machinale (MOSELLY, Terres lorr., 1907, p. 78) :
15. ... ça n'avait pas de bon sens de vouloir faire ce voyage-là en plein hiver, au temps des fêtes, avec le froid qu'il faisait, peut-être bien quatre pieds de neige dans le bois, et seul.
HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 140.
Ensemble des manifestations organisées à l'occasion de certaines grandes fêtes. Aller aux fêtes; assister aux fêtes du 14 juillet. J'entendis ainsi passer sous mes fenêtres toutes les fêtes nocturnes du carnaval (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 159). Il regarde les célèbres fêtes avec distraction, sympathie et ennui (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 472).
2. [Au plan d'une collectivité géogr., prof., soc.]
a) [Pour célébrer quelque chose qui réjouit par l'une ou l'autre de ses qualités] Fête des roses, des jonquilles. À la fête des vendanges, quand on flambe les vieilles queues avec une mèche de soufre, vous me verrez danser encore pour vous sur la tonne roulante, une torche dans chaque main! (CLAUDEL, Protée, 1927, I, 1, p. 357) :
16. Il est bien fâcheux que l'on ne se soit pas arrêté dès l'origine à une fête en l'honneur de la liberté; fête avec laquelle les Suisses de Châteauvieux n'auraient rien eu de commun. Alors cette fête n'aurait point dû être et n'aurait point été une fête privée, mais publique. L'allégresse générale, l'assentiment de tous les citoyens, le concours de toutes les autorités, les talents de David et des autres artistes, alors bien employés, lui auraient donné tout ce qu'elle devait avoir de grand et d'auguste...
CHÉNIER, Iambes, 1794, p. 262.
b) [Pour célébrer quelque chose qui réunit, rassemble] Je n'attendais plus rien de la vie sinon qu'elle ressuscitât pour moi, sur le tard, la fête annuelle de l'Institut des langues vivantes (SARTRE, Mots, 1964, p. 134).
Fête des conscrits. Manifestations joyeuses rassemblant chaque année, dans les villages où la coutume se maintient encore, les soldats nouvellement recrutés pour le service militaire :
17. ... j'ai dû aller au dîner, à la fête des conscrits. Bien que, comme toujours, cette vie à moi m'ait empêché de me mêler à eux comme je l'aurais voulu, j'ai eu les larmes aux yeux de trop comprendre, de trop aimer toute cette grossièreté. Danses sauvages, rubans écarlates, gaudrioles insupportables, sensibleries.
ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1906, p. 388.
3. P. ext. Toutes réjouissances non commémoratives, de caractère plus ou moins occasionnel, faisant l'objet de préparatifs plus ou moins importants de la part d'une collectivité, d'une personnalité, d'une personne privée. Il y avait fête au faubourg, et le peuple endimanché montait bruyamment par les rues (ZOLA, Contes Ninon, 1864, p. 55). Qu'arrivera-t-il, dans le cas Où pour votre fête champêtre Le soleil ne paraîtrait pas? (PONCHON, Muse cabaret, 1920, p. 264). Les fêtes mondaines, étaient pour l'Américaine une sorte d'école Berlitz (PROUST, Temps retr., 1922, p. 960) :
18. — C'étaient Monsieur et Madame Fouché de Careil — me dit ma mère qui paraissait ravie — et ils nous ont invités à une fête qu'ils donnent au château de Careil...
GYP, Souv. pte fille, 1928, p. 222.
SYNT. Repas, banquet de fête; chants, cris de fête; lumières de fête; fête d'inauguration, de mariage, de collège; fête enfantine, sportive, aérienne, nautique, littéraire, musicale; fête travestie, rustique, vénitienne; fête privée, familiale; fête improvisée, réussie, bruyante, charmante, délicieuse, brillante, somptueuse; donner/offrir une fête (en l'honneur de qqn/à qqn); improviser une fête.
Fête foraine. Rassemblement de stands et de manèges forains (souvent à l'occasion d'une fête locale, en particulier d'une fête de ville ou de village). Cohue, bruit, odeurs de fête foraine. Un terrain vague (...) au milieu duquel une fête foraine s'étendait comme un gala multicolore (MORAND, Rococo, 1933, p. 182).
P. ell. Je t'aime ainsi, douce France, Avec tes magasins rances, Tes fêtes à loteries (JAMMES, De tout temps, 1935, p. 132) :
19. C'est à la fête que je l'ai trouvée et à la fête que je l'ai perdue. C'était une grande fête. Une fête avec le tir à la carabine et les gaufres et les billards japonais et les bouteilles de champagne et les baraques et les manèges.
COCTEAU, Théâtre poche 1949, p. 135.
Au fig. Amour absolu, carrefour sans fontaine; Mais à tous les bouts, d'étourdissantes fêtes foraines (LAFORGUE, Poés., 1887, p. 97).
Fête de charité, de bienfaisance. Manifestation organisée par une œuvre de bienfaisance et présentant la particularité d'offrir aux participants l'occasion de faire acte de bienfaisance en se divertissant, en devenant acquéreur de quelque chose en contrepartie. Le nom de tous les donateurs de la fête de charité (GIRAUDOUX, Suzanne, 1921, p. 163) :
20. — Pour les enfants de déportés, vous ne pouvez pas refuser (...) — Ils ne peuvent pas cracher deux mille francs sans emmerder personne, vos philanthropes? — Ils cracheront une fois, mais pas dix. La charité c'est très joli, mais il faut que ça rapporte. C'est le principe des fêtes de bienfaisance.
BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 250.
Fête de famille. Réjouissances organisées à l'occasion d'un événement heureux concernant une famille ou l'un de ses membres. Cet événement m'ayant surpris au milieu d'une fête de famille, le jour même de mes fiançailles, j'ai tout quitté, fiancée et amis (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 117) :
21. ... j'en viens aux fêtes de famille, que je mets au nombre de ces vieilles habitudes dont je vois avec regret s'affaiblir chaque jour la vénérable autorité.
JOUY, Hermite, t. 5, 1814, p. 27.
B.-A. Fête(s) galante(s). Représentation picturale de jeunes hommes et de jeunes femmes livrés au divertissement en costumes de théâtre. Cf. les fêtes de cour de la Régence et Les Indes galantes de Rameau. Les fêtes galantes de Watteau. Les Fêtes galantes parurent l'année qui suivit (...). Qu'est-ce donc que ces fêtes galantes? Elles se donnent dans la Cythère de Watteau (FRANCE, Vie littér., 1891, p. 312) :
22. Où est le critérium qui nous permettrait de distinguer entre le mystère d'intimité de Vermeer et celui de Pieter de Hoogh, entre la fête galante chez Watteau et la fête galante chez ses imitateurs, Lancret ou Pater?
JANKÉL., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 82.
♦ [P. allus. littér.] Les Fêtes galantes. Poèmes de Verlaine :
23. ... d'aucuns de ses livres, La Bonne chanson, Les Fêtes [it. dans le texte] galantes, Romances sans paroles, enfin son dernier volume, Sagesse, renfermaient des poèmes où l'écrivain original [Verlaine] se révélait, tranchant sur la multitude de ses confrères.
HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 245.
4. Locutions
Être à la fête. Être présent à la fête. Non, elle ne dort pas; c'est aujourd'hui la fête de l'arc, la seule de l'année où l'on danse toute la nuit. Elle est à la fête (NERVAL, Filles feu, Sylvie, 1854, p. 598).
Être de (la) fête. Être invité à une fête; y participer. On se régalait d'abord avec les privilégiés qui avaient été de la fête (les personnes qui étaient restées là), des mots qu'Oriane avait dits (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 465) :
24. ... les Beauchêne et les Séguin (...) vinrent tous (...) passer à Chantebled l'après-midi d'un dimanche. Ils avaient même décidé Morange à être de la fête, avec Reine...
ZOLA, Fécondité, 1899, p. 337.
(Être) la reine, le héros de la fête. (Être) la personne en l'honneur de laquelle la fête est donnée; (être) la personne la plus remarquée, la plus recherchée, parmi les participants de la fête, pour une qualité ou une autre. Ses talents de société éclipsaient les miens; il devenait le héros de la fête (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 332) :
25. Cette mémorable soirée fut pendant huit jours l'objet de la chronique du quartier; et Phémie Teinturière, qui avait été reine de la fête, avait l'habitude de dire en en parlant à ses amies : — C'était fièrement beau; il y avait de la bougie, ma chère.
MURGER, Scènes vie boh., 1851, p. 76.
(Être) en fête. (Être) en train de se livrer à des réjouissances. Il s'habillait avec une élégance tapageuse de provincial en fête (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Bombard, 1884, p. 969). L'enfant écoutait mugir, jusqu'aux lointains de Paris, la foule en fête et grouillant sous les folioles de mai (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 149).
C.— Au fig.
1. Tout événement qui réjouit particulièrement en tranchant sur la routine. Chaque dimanche surtout devenait une fête, lorsque le père n'allait pas à son bureau (ZOLA, Fécondité, 1899, p. 235). Il a donc fallu installer tout ce monde [Désiré, sa femme et les enfants]. Ça a été une belle fête (GIONO, Regain, 1930, p. 225) :
26. ... les visites du comte de Lerne étaient en général considérées par les dames comme de petites fêtes très flatteuses pour celles qui en étaient favorisées.
FEUILLET, Paris., 1881, p. 102.
Faire la fête. Rompre la routine en faisant quelque chose qui réjouit. Trente sous, mon chéri! mais nous allons faire la fête! (ZOLA, Fécondité, 1899 p. 2). On a bien marché aujourd'hui, et puis ce vent nous a battus; on va ouvrir une boîte de sardines. Tant pis, on fait la fête. Et puis on va boire un bon coup (GIONO, Regain, 1930 p. 85) :
27. Quand nos parents sortaient le soir, nous faisions la fête; nous confectionnions une omelette soufflée que nous mangions à la cuisine, nous bouleversions l'appartement en poussant de grands cris.
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 101.
[Pour signifier que se prolonge l'événement qui réjouit] Et la fête continue! (Titre d'un poème de Prévert. Cf. Paroles, 1946, p. 229).
2. Tout ce qui est source de plaisir pour les yeux, le cœur, l'esprit... Fête des couleurs; tableau qui est une fête pour l'œil. Montesquieu, dont le style est une fête pour l'esprit (STENDHAL, Mém. touriste, t. 1, 1838, p. 416). O nuit! ô rafraîchissantes ténèbres! vous êtes pour moi le signal d'une fête intérieure (BAUDEL. Poèmes prose, 1867, p. 107). Il s'agit [dans les Noces de Cana] de donner aux yeux la fête la plus splendide que puisse réaliser la palette (GAUTIER, Guide, 1872, p. 41) :
28. C'est un lieu commun, au contraire, que de constater l'émerveillement de l'entrée en Hollande par le nord-est ou le sud, la vapeur d'eau qui s'illumine, les choses et les êtres prenant soudain, baignés par elle, un éclat inattendu, à la fois profond et translucide, la fête des géraniums à toutes les fenêtres...
FAURE, Espr. formes, 1927, p. 80.
3. [Pour désigner qqc. qui paraît à l'image de la fête]
[P. réf. à la fête en tant que célébration, exaltation] La fête suprême de cet art [des verriers de Chartres] n'était ni dans le chœur, ni dans les bras de l'église, ni dans la nef; elle était à l'entrée même de la basilique (HUYSMANS, Cathédr., 1898, p. 390) :
29. Le soleil incessant, ces heures au goût de sommeil et de vacances, n'invitaient plus comme auparavant aux fêtes de l'eau et de la chair. Elles sonnaient creux au contraire dans la ville close et silencieuse. Elles avaient perdu l'éclat cuivré des saisons heureuses.
CAMUS, Peste, 1947, p. 1309.
[P. réf. à la fête en tant qu'explosion, déchaînement] C'est [la fiction du rêve] l'imprévu dans toute sa puissance, c'est l'impossible accepté d'avance, c'est la fête sans frein de l'imagination (SAND, Impress. et souv., 1873, p. 171). Dans un monde sonore, résonant et rebondissant, cette fête intense du corps [la danse] devant nos âmes offre lumière et joie (VALÉRY, Eupalinos, 1923, p. 43) :
30. Et la mouche bourdonne à pleines ailes, dans une fête de soleil qui la soûle (...) toujours plus haut, affolée de soleil et du bruit de ses ailes.
GENEVOIX, Marcheloup, 1934, p. 194.
4. Péj. [P. réf. aux notions de plaisir d'une part, de désordre et d'excès d'autre part, attachées à l'idée de fête] Vie de plaisirs, vie de débauche. Parti de la simple fête du mari coureur (...) il [Beauchêne] en était venu (...) à vivre chez les filles qui le ramassaient sur le trottoir (ZOLA, Fécondité, 1899, p. 663) :
31. Il y a d'abord en haut le véritable viveur, celui qui possède réellement les cent cinquante mille francs par an que suppose la grande fête...
BOURGET, Pastels, 1889, p. 5.
Faire la fête. Se livrer à une vie de plaisir, de désordre, de débauche. Synon. faire la noce :
32. Fils d'un notaire d'Angoulême (...) envoyé par cette ville à Paris comme député (...) il [Dutheil] y faisait la fête (...) mais son aimable garçonnière de la rue de Surène, ses succès de joli homme dans le tourbillon de femmes où il vivait, lui coûtaient gros...
ZOLA, Paris, t. 1, 1897, p. 29.
33. — ... Croyez-vous qu'une jolie petite gueuse de vingt ans, qui fait la fête, depuis cinq ou six ans déjà (...) sait encore distinguer un homme de trente ans d'avec un homme de soixante?
MAUPASS., Fort comme la mort, 1889, p. 111.
5. Locutions
Être à/de la fête.
Être à la fête. Être dans un état, se livrer à une occupation qui réjouit, procure une grande satisfaction. Ne pas être à la fête. Être dans une situation désagréable, défavorable :
34. Ce que je lui reproche [à Giraudoux], c'est un désir trop conscient de rester dans une certaine tradition (...). Mais la fraîcheur, la nouveauté du style rachètent ce petit défaut. Il donne presque tout le temps l'impression qu'il s'amuse, que rien ne lui coûte, qu'il est à la fête.
GREEN, Journal, 1933, p. 127.
35. Pour nous, tout prend un air de fête, parce que c'est une fête de voyager. Mais je suis sûr qu'eux [les Indiens] ne sont pas à la fête.
BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 429.
P. méton. Cette activité [de Napoléon] sans pareille n'avait tout son emploi et toute sa jouissance, n'était véritablement à la fête que quand elle rentrait en campagne (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 1, 1851, p. 141).
N'avoir jamais été à pareille fête. Ne s'être jamais trouvé dans une situation aussi agréable, aussi réjouissante. Il ne s'était jamais trouvé à pareille fête; car chacun le comblait d'égards (ROLLAND, J.-Chr., Adolesc., 1905, p. 323) :
36. [Mathieu :] — Enfin, vous, je vois que tout va bien et que vous êtes contente. [Norine :] — Oh! pour sûr, très contente Jamais je n'ai été à pareille fête, nourrie et soignée, dorlotée du matin au soir à ne rien faire.
ZOLA, Fécondité, 1899, p. 177.
P. personnification. La prose française fait là aussi [chez Rabelais] sa gymnastique, et le style s'y montre prodigieux pour l'abondance, la liberté, la souplesse, la propriété à la fois et la verve. Jamais la langue, jusque-là, ne s'était trouvée à pareille fête (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 3, 1851, p. 11).
Ne pas être de la fête. Ne pas participer à quelque événement heureux, en être exclu. Partout des visages empreints de hâte et de projets (...). Elle [Sabine], elle n'était pas de la fête du voyage! (NOAILLES, Nouv. espér., 1903, p. 277). [Le suj. désigne le soleil]. Le lendemain, le soleil n'était pas de la fête. Dehors un ciel sale, des nuages à ras le plateau et la pluie proche (ESTAUNIÉ, Mme Clapain, 1932, p. 131).
(Être) en fête
♦ (Être) plein d'animation, de joie, de bonheur. [Marc] achevait de déjeuner avec ces dames, égayé par le babil de sa petite Louise, très en fête ce jour-là (ZOLA, Vérité, 1902, p. 82).
♦ [Le suj. désigne une chose] (Offrir un spectacle) riant, plein de gaieté. Avril est de l'aurore un frère ressemblant; (...) Les ajoncs sont en fête, et dorent les ravins (HUGO, Art d'être gd-père, 1877, p. 183). Les phares, les vitrines en fête, l'énorme bruit des rues m'étourdissaient (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 532).
(Avoir) le cœur en fête. (Être) joyeux, heureux. Je me rendis au café, le cœur en fête. Pour la première fois, j'avais la certitude charmante d'y être attendu (ESTAUNIÉ, Infirme, 1923, p. 25). Erica, le cœur en fête, repartit au bras de Martin Kéerzée (L. DE VILMORIN, Retour Erica, 1946, p. 107).
(Avoir un) air de fête. [Le suj. désigne une pers.] (Présenter un) aspect réjoui. Fénelon n'était pas dans le secret de ces mauvaises nuits [de Villars], et il en restait sur l'air d'audace et de fête du personnage, sur ses allures de bal et de plaisir aux plus graves moments (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 13, 1858, p. 108). [Le suj. désigne une chose] (Présenter un) aspect riant. Les chefs-d'œuvre éternels de l'art revêtirent eux-mêmes un air de fête pour saluer sa venue (MALLARMÉ, Dern. mode, 1874, p. 786). Les catalognes et les ronds de tapis nattés attendaient leur tour de donner un air de fête à la maison (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 100).
Faire + fête
Faire (la) fête à qqn. L'accueillir avec empressement, être très aimable avec lui. Faire fête à ses amis :
37. Les vieilles demoiselles du bourg me faisaient fête. Mademoiselle Élise me donnait des pains d'épice en forme de cœur.
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 14.
P. anal. [Le suj. désigne un chien] Faire fête à (son maître). Le chien fit fête à l'enfant (MAUPASS., Une Vie, 1883, p. 203). P. ext. et p. iron. Vous qui vous plaigniez tant d'être un étranger dans votre propre pays, ces bestioles [des mouches] vous font la fête, elles ont l'air de vous reconnaître (SARTRE, Mouches, 1943, I, 1, p. 14).
Faire (une) fête de qqc. à qqn. Elle, inquiète et pourtant très douce. Elle me fit une fête de ce jour de solitude (MICHELET, Journal, 1850, p. 141).
Faire fête à qqc. Lui réserver un accueil favorable. Faire fête à une belle œuvre. La Normandie, avec ses deux capitales, fit fête au nouveau style [le classicisme du XVIe siècle] (HOURTICQ, Hist. Art, Fr., 1914, p. 141).
[Le compl. désigne un repas] Synon. lui faire honneur. Une salle basse où était servi le souper auquel ils firent fête en gens affamés et altérés (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 281).
Se faire (une) fête de qqc. Se réjouir de quelque chose, en attendre beaucoup de plaisir. Se faire une fête de voir qqn; se faire fête d'avoir qqn pour convive; se faire fête d'une promenade; se faire une fête d'offrir qqc.; se faire une si jolie fête, en imagination, de qqc. :
38. Nous irons certainement passer un mois à Quiberon, et je m'en fais une fête puisque vous viendrez; j'ai bâti là-dessus des projets que je vous soumettrai plus tard.
LOTI, Journal, 1878-81, p. 163.
Proverbe. Ce n'est pas tous les jours fête. Il n'arrive pas quelque chose d'heureux tous les jours, les choses ne sont pas tous les jours faciles. (Dict. XIXe et XXe s.).
Prononc. et Orth. :[]. Enq. : et, (D)/. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Ca 1050 « célébration faite à jour marqué » (Alexis, éd. Chr. Storey, 257 : Cascune feste se fait acomunier). Du lat. festa « id. », neutre plur. subst. devenu fém. de l'adj. festus « de fête ». Fréq. abs. littér. :7 504. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 11 596, b) 11 502; XXe s. : a) 10 941, b) 9 274.
DÉR. Fêtard, arde, subst. Personne menant une vie de débauche. Synon. noceur. Un jeune gommeux, fils poitrinaire et fêtard d'un grand industriel (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 677). [], [fe-], fém. [-]. 1re attest. 1884 « celui qui mène une vie de plaisirs » (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Yvette, p. 528); de fête; suff. -ard. Il est douteux que l'a. fr. fetart « nonchalant, négligent » (ca 1223, G. DE COINCY, Miracles Vierge, éd. F. Koenig, I Mir 27, t. II, p. 258, 100) — 1700, POMEY, faitard d'apr. FEW t. 3, p. 482b, soit à identifier avec fêtard. Son rattachement à feste, fête (FEW t. 3, p. 484b, note 8) fait difficulté, le mot (cf. les dér. fetardie, fetardise) ne présentant jusqu'au XIXe s. que des formes sans s ni accent circonflexe fetart, fetard, faitard et seulement le sens de « nonchalant ». Un rattachement à faire et à tard (cf. FEW t. 3, p. 349b : prov. fai-tard) fait difficulté du point de vue morphol. (le mot est exclusivement adj.) et chronologique. Fréq. abs. littér. : 18.
BBG. — BEEKMAN (H.). Der Begriff fête du village und seine Bezeichnungen im Galloromanischen. Berlin, 1961, passim. — GIRAUD (J.), PAMART (P.), RIVERAIN (J.). Mots dans le vent. Vie Lang. 1971, p. 693. — JABERG (K.) Grossräumige und kleinräumige Sprachatlanten. Vox. rom. 1954/55, t. 14, p. 12. — QUEM. DDL t. 11. — RIVERAIN (J.). Ces mots souvent obscurs. Foi Lang. 1976, n° 1, pp. 72-73. — STRAKA (G.). En relisant Menaud, maître-draveur... Mél. Imbs (P.) 1973, p. 293.

fête [fɛt] n. f.
ÉTYM. 1080, feste; lat. pop. festa, ellipse de festa dies « jour de fête ».
———
I Solennité, ensemble de réjouissances de caractère commémoratif; jour consacré à cette solennité. Cérémonie. || Jour de fête. Férié. || Fête annuelle. || Fête périodique. Anniversaire, centenaire, cinquantenaire, jubilé. || Fête unique de consécration. Inauguration. || Les apprêts d'une fête. || Éclat pompeux d'une fête. Apparat.
1 (Durkheim) a montré comment et pourquoi les fêtes et les cérémonies périodiques sont un élément primordial de la vie sociale : a) Elles remettent régulièrement en contact les hommes qui sont dispersés matériellement ou psychologiquement, chacun vaquant de son côté à ses occupations personnelles. b) Elles exercent les hommes à l'unanimité. Chaque fête est liée à un état d'âme particulier, qui pendant quelques heures ou quelques jours est adopté par tout le monde. Les unes sont des occasions de réjouissance, d'autres de tristesse collective (…)
(…) les fêtes et les cérémonies viennent donc parfaire (…) la socialisation des hommes (…) Mais en même temps elles les divertissent, rompent la monotonie de l'existence (…) Les fêtes périodiques jouent également un rôle dans la vie économique. Elles sont en général synchrones des périodes les plus actives de la production surtout agricole (…)
(…) les événements périodiques s'accompagnent tous d'attitudes psychologiques particulières. Mais (…) ces attitudes psychologiques à leur tour sont créatrices de véritables institutions particulières aux fêtes (…) Chez les primitifs (…) elles s'accompagnent d'un véritable renversement (…) de la morale tout entière. On assiste à des cérémonies plus ou moins orgiaques (…) Dans les civilisations classiques de l'Orient, nombreux sont les usages et les cultes présentant des cérémonies « paroxystiques ».
Gaston Bouthoul, Traité de sociologie, p. 330, 331, 332.
1.1 Pour moi, la fête est avant tout une ardente apothéose du présent, en face de l'inquiétude de l'avenir; un calme écoulement de jours heureux ne suscite pas de fête : mais si, au sein du malheur, l'espoir renaît, si l'on retrouve une prise sur le monde et sur le temps, alors l'instant se met à flamber, on peut s'y enfermer et se consumer en lui : c'est fête.
S. de Beauvoir, la Force de l'âge, p. 587.
REM. Le mot, dans ce sens général, a reçu récemment une valeur sociale et politique (→ ci-dessous, II., 2.).
De fête. || Habits de fête. || Jour de fête.
1 Solennité religieuse célébrée à certains jours de l'année.
2 Bien qu'il y ait, surtout de nos jours, de multiples festivités purement profanes, la notion de fête est essentiellement religieuse et cultuelle. La fête est, avant toute autre chose, un jour qui n'est pas comme les autres, un jour séparé et sanctifié (…) Cette sanctification ou sacration comporte plusieurs éléments communs à toutes les fêtes et que l'on peut ramener à trois : 1o Le chômage, congé ou cessation du travail courant, pour vaquer à d'autres occupations qui sont : 2o La célébration proprement liturgique et hiératique de ce qui fait l'objet de la fête et 3o Les divertissements, plus ou moins inspirés par ce même objet, mais sans caractère religieux aussi accusé.
Philippeau, in Dict. de liturgie romaine, art. Fête.
|| Les païens célébraient la plupart de leurs fêtes par des sacrifices et des jeux (Académie). || Les fêtes grecques (Anthestéries, aphrodisies, dionysies, éleusinies, épinicies, orphiques, panathénées, thesmophories…), romaines (Agonales, ambarvales, amburbiales, bacchanales, compitales, lupercales, orgies, parentales, saturnales, vestalies, vulcanales…). || Magistrats qui présidaient aux fêtes dans la province d'Asie ( Asiarque).
Fêtes israélites. Dédicace, expiation (Yom Kippour), néoménies, pâque (→ Azyme), pentecôte, pourim, sabbat, tabernacle. || Fêtes musulmanes. Baïram, moharram, mouloud. || Fêtes des religions d'Extrême-Orient (Têt, etc.).
Fêtes de l'Église (catholique). || Fête du Saint-Sacrement. Fête-Dieu. || Fêtes de la Vierge ( Assomption), des Saints ( Toussaint). || La fête des morts, le 2 novembre, commémoration des morts. || Les dimanches et fêtes. || Fêtes fixes, qui reviennent chaque année à la même date. || Fêtes mobiles, qui dépendent de la date de Pâques (calculées par le comput). || Fête annuelle. 2. Annuel. || Fêtes qui tombent le même jour. Occurrent. || Fête double, semi-double. || Antiennes (cit. 1) appropriées à la fête du jour.Fête carillonnée. || Fête d'obligation, de précepte (opposé à fête de dévotion). || Veille d'une grande fête. Vigile. || Fête fêtée (vx) ou chômée : jour de fête non travaillé. || Fête religieuse bretonne. Pardon. || La fête se terminera par une procession.
3 Ce sont, disait-il, les cabaretiers, sans doute, qui ont inventé ce prodigieux nombre de fêtes : la religion des paysans et des artisans consiste à s'enivrer le jour d'un saint qu'ils ne connaissent que par ce culte (…)
Voltaire, Dict. philosophique, Fêtes.
4 Il n'en est pas des fêtes chrétiennes comme des cérémonies du paganisme; on n'y traîne pas en triomphe un bœuf-dieu, un bouc sacré; on n'est pas obligé, sous peine d'être mis en pièces, d'adorer un chat ou un crocodile, ou de se rouler ivre dans les rues, en commettant toutes sortes d'abominations pour Vénus, Flore ou Bacchus : dans nos solennités, tout est essentiellement moral.
Chateaubriand, le Génie du christianisme, IV, I, VII.
Fête des fous, des ânes : fêtes burlesques du moyen âge dans lesquelles on parodiait les cérémonies de l'Église.
5 Le 6 janvier, ce qui mettait en émotion tout le populaire de Paris, comme dit Jehan de Troyes, c'était la double solennité, réunie depuis un temps immémorial, du jour des Rois et de la fête des Fous.
Hugo, Notre-Dame de Paris, I, 1.
2 (La fête de qqn). Jour de la fête du saint dont qqn porte le nom. Par ext. Jour anniversaire de sa naissance. Anniversaire. || Souhaiter à qqn sa fête. || Offrir à qqn un bouquet (cit. 3), un cadeau pour sa fête.
(1965). Loc. fam. Ça va être ta fête, formule par laquelle on menace quelqu'un de coups, on lui annonce une engueulade ou divers ennuis.
La fête d'une compagnie, d'une profession, d'un corps de métier, le jour de la fête du saint qui est son patron. || La Sainte-Barbe, fête des artilleurs et des pompiers; la Saint-Charlemagne, fête des écoliers. || Fête patronale ( Patron), ou fête d'un lieu, d'un village : le jour de la fête du saint sous le patronage duquel est l'église de ce village ( Ducasse, kermesse; frairie).
6 Le roi des animaux se mit un jour en tête
De giboyer. Il célébrait sa fête.
La Fontaine, Fables, II, 19.
7 (…) nous avons congé à cause de la Saint-Joseph, fête du proviseur.
Sainte-Beuve, Correspondance, t. I, p. 33.
3 (La fête de qqn, qqch.). Réjouissance publique et périodique en mémoire de quelque événement historique, d'un personnage. Anniversaire. || La fête de la Fédération (en 1790). || La fête de l'Être Suprême (→ Déesse, cit. 5). || La fête du travail, le 1er mai. || La fête nationale du 14 juillet (→ Célébration, cit. 2). || Le 11 novembre, fête de l'Armistice; le 8 mai, fête de Jeanne d'Arc. || La fête de la Libération.Par ext. || La fête des Mères est fixée au dernier dimanche de mai.Au plur. Réjouissances étalées sur plusieurs jours. || Les fêtes du Carnaval. || Les fêtes de fin d'année : Noël, réveillon du Nouvel An. || Où irez-vous pour les fêtes ?
8 Fêtons Noël comme il viendra, et ne ronchonnons pas. L'essentiel est de le fêter. Il y a fête et fête : celle-ci sera sans truffes et sans dinde. Mais la « fête » est un état d'esprit plutôt qu'une frairie.
Colette, Belles Saisons, Noël.
Réjouissance en l'honneur d'une chose qui contribue au bien ou au plaisir de l'homme. || La fête du blé, du raisin, de la moisson.Par ext. Le jour où cette chose semble triompher.
9 C'est la fête du blé, c'est la fête du pain (…)
Tout bruit, la nature et l'homme, dans un bain
De lumière si blanc que les ombres sont roses.
Verlaine, Sagesse, XXI.
4 Ensemble de réjouissances organisées occasionnellement (par un personnage, une ville, un particulier…). Bal, boum (fam.), festin, fest-noz (régional), gala, garden-party, matinée, raout, réception, réunion, soirée, surboum (fam.), veglione (vx). || Donner, offrir une fête à…, en l'honneur de… (→ Brillant, cit. 10). || Inviter, convier à une fête. || Fête de nuit. || Fête brillante, réussie, splendide. || Les fêtes de Versailles sous Louis XIV. || La Fontaine a écrit la Relation d'une fête donnée à Vaux. || La fête chez Thérèse, poème de Hugo. || Fête musicale. Festival. || Fête de bienfaisance, de charité. Ducasse (régional), kermesse. || Fête de village. Foire, frairie, redoute, vogue. || La ferrade, fête provençale. || Fête des comices. || Ordonnateur, organisateur, commissaire, dame patronnesse d'une fête. || Comité des fêtes. || Salle des fêtes. || Programme de la fête. || Drapeaux, guirlandes, oriflammes, illuminations; concert, fanfare, feu d'artifice, salve; danse, mascarade, décors et spectacles habituels aux fêtes. || Concours (hippique, sportif, de beauté…) organisé à l'occasion d'une fête. || La reine de la fête.
10 Engloutir vins en grosses panses,
Mener joie, fêtes et danses (…)
Villon, le Testament, CLXI.
11 (…) Fouquet, dernier surintendant des finances, engagea Molière à composer cette comédie (les Fâcheux) pour la fameuse fête qu'il donna au roi et à la reine-mère dans sa maison de Vaux (…)
Voltaire, Vie de Molière, Les Fâcheux.
12 (…) il y eut, à propos de je ne sais plus quelle solennité officielle, des fêtes dans Paris, revue au Champ de Mars, joutes sur la Seine, théâtres aux Champs-Élysées, feu d'artifice à l'Étoile, illuminations partout.
Hugo, les Misérables, IV, III, VIII.
13 (…) il y avait les fêtes en plein air, les collations champêtres, les concerts sur l'eau, les dîners en musique, le bal, la comédie et l'opéra, les promenades en gondole, les jeux dans les jardins, — l'anneau tournant, le trou-madame, la passe de fer, le portique, l'escarpolette, la ramasse et combien d'autres ! — et, lorsque le temps était pluvieux ou qu'il faisait trop froid, le jeu, la loterie et les concerts d'appartement (…)
Louis Bertrand, Louis XIV, p. 188.
Fête foraine (ellipt fête) : réunion d'attractions foraines. || Les manèges, les baraques, les tirs, les loteries, les attractions d'une fête (foraine).
14 D'étalages en groupes, et de manèges en loteries, à force de déambuler, nous étions parvenus au bout de la fête (…)
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 435.
Fam. || Fête à Neuneu (Neuilly) : fête populaire et naïve; fig. réjouissances calmes et convenues.
5 Arts. || Fêtes galantes : genre de peinture qui date du début du XVIIIe siècle et qui présente des groupes de jeunes gens et de jeunes femmes se divertissant en costumes de théâtre. || Watteau fut le créateur des fêtes galantes.Les Fêtes galantes, poèmes de Verlaine, œuvre musicale de Debussy.
6 Ensemble de réjouissances ayant lieu en famille, entre intimes. || Une fête de famille, à l'occasion d'un événement qui concerne la famille (noce, anniversaire). || Réciter un compliment, porter un toast à l'issue de la fête. || Importun ( Trouble-fête) qui vient troubler la fête. || Être de la fête, de fête.
15 Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
La Fontaine, Fables, I, 9.
16 (…) une de ces heureuses fêtes de la vie familiale anglaise : la demeure est parée, les gâteaux sont prêts, les enfants pomponnés, les jeunes filles déjà frissonnantes du plaisir promis (…)
Émile Henriot, Portraits de femmes, p. 459.
7 Loc. Faire la fête : mener une vie de plaisir et de désordre. Bombance, bombe, fiesta, foire, java, noce, nouba, vie. || Il s'amuse, il fait la fête au lieu de travailler ( Fêtard).
Loc. prov. Ce n'est pas tous les jours fête : on n'a pas tous les jours le même bonheur, les choses ne sont pas tous les jours aussi faciles.Triste comme un lendemain de fête (→ Attrister, cit. 7).
———
II
1 (Dans des expressions). Bonheur, gaieté, joie, plaisir.Un air de fête : un air réjoui, heureux (personnes); une apparence riante, gaie (choses, lieux). || C'est une fête pour les yeux.
17 Le premier mérite d'un tableau est d'être une fête pour l'œil. Ce n'est pas à dire qu'il n'y faut pas de la raison.
E. Delacroix, Écrits, t. II, p. 78.
(1680). Loc. Faire fête à (qqn) : lui réserver un accueil, un traitement chaleureux. || Chien qui fait fête à son maître.
18 Ces deux veuves en badinant,
En riant, en lui faisant fête (…)
La Fontaine, Fables, I, 17.
19 (…) ce joli enfant à qui chacun faisait fête, à qui tout le monde voulait plaire (…)
Baudelaire, le Spleen de Paris, I.
Se faire une fête de… : se promettre beaucoup de plaisir de…
20 (Je) me fis encore plus une fête qu'un devoir d'aller lui rendre visite.
Rousseau, les Confessions, X.
En fête : gai. || Avoir l'âme en fête. || La nature est en fête.
20.1 (…) ces derniers échafaudages, ces traces du travail de la veille qu'on n'a pas eu le temps d'enlever et qui mêlées aux drapeaux et aux lampions égaient comme une note joyeuse de plus, semblent en fête malgré eux, comme ces vieilles que les jeunes gens forcent à danser.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 774.
À la fête.Être à la fête : éprouver dans un état, une occupation, la plus grande satisfaction. — ☑ Ne pas être à la fête : être dans des circonstances pénibles.
20.2 Je n'étais pas à la fête quand j'allai la chercher (Louise, une semi-démente) à la gare; neuf heures du soir : je ne me sentais pas le courage de m'isoler avec elle dans sa chambre; j'avais un peu peur d'elle, et surtout d'avoir peur.
S. de Beauvoir, la Force de l'âge, p. 182.
N'avoir jamais été à pareille fête : se trouver contre toute attente dans une situation infiniment agréable ou favorable.
21 (…) nous suions tous à grosses gouttes; jamais les thermomètres ne se sont trouvés à telle fête (…)
Mme de Sévigné, 553, 1er juil. 1676.
Loc. Et la fête continue… : et l'on continue à (s'amuser, etc.).
2 (Extension et contexte spécial du sens général I.). Circonstances collectives de libre plaisir, où l'on s'affranchit des contraintes (dans le contexte politique de mai 1968 et ses suites). || De la fête. Festif.
22 Le jeu (le ludique) n'est qu'un cas particulier ou un aspect de la Fête. La Critique de la vie quotidienne (du même auteur) mettait en évidence l'origine paysanne de la Fête et la dégénérescence simultanée du Style et de la Fête dans la société où le quotidien s'établit. Le Style se dégrade en culture, laquelle se scinde en culture quotidienne (de masse) et haute culture, scission qui l'entraîne vers la fragmentation et la décomposition. L'art ne peut passer pour une reconquête du Style et de la Fête, mais seulement pour une activité de plus en plus spécialisée, pour une parodie de fête, pour un ornement du quotidien qui ne le transforme pas. Toutefois, la fête ne disparaît pas entièrement de la quotidienneté : rencontres, festins, festivals, sans retrouver leur ampleur ancienne, en sont les plaisantes miniatures. Ce qui motive le projet d'une renaissance de la Fête dans une société doublement caractérisée par la fin de la pénurie et par la vie urbaine. La Révolution dès lors (violente ou non violente) prend un sens nouveau : rupture du quotidien, restitution de la Fête.
Henri Lefebvre, la Vie quotidienne dans le monde moderne, p. 73.
DÉR. Festoyer, fêtard, fêter.
COMP. Fête-Dieu. — Trouble-fête.
HOM. Faîte. — Formes du v. faire.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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